PDF - Pedals De Foc Non Stop

Vendredi 29 juin

Vielha e Mijaran

Championnat d'Europe Ultra Marathon.

900 coureurs pour un truc débile. 962 pour exact. 213kms - 6200m+

Mapa foc petit

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En place. La routine.

La météo est bonne. Et les prévisions sont bonnes. Pas d'excuse de ce côté.

Dossard, chambre Hotel, préparer le vélo, la tenue, les boissons, repas et essayer de dormir. Un peu.

Samedi 30 juin

Réveil 4hrs. Petit déjeuner.

Je n'ai qu'à traverser le parking pour être dans le sas...

Je connais le parcours et je connais même très bien la première partie. Avantage ou inconvénient.

Il me tarde que le jour se lève. J'aurais traversé le tunnel.

Il va faire une journée superbe. Et dire que je pourrai être à la piscine avec l'artiste. Je l'entends demander à Mamie:

Papi ? Papi ? Il est la papi ?

T'inquiéte petit bonhomme. J'arrive. Un petit truc à bacler et j'arrive.

Et puis finalement, tout ne se passe pas comme nous l'espérons. Comme j'avais commencé à l'écrire.

Réveil 3h50. J'ai du dormir 2hrs, 2h30. Des semaines que je n'arrive pas à dormir.

3 à 4h par nuit, c'est court.

Je vais faire un tour dehors avant d'aller déjeuner. Il a plu cette nuit mais il fait bon.

Petit déjeuner. Rapide. Sur le pouce. Je remonte dans la chambre avaler ma mixture et finir les préparatifs.

4h20 je suis prêt. J'aurais pu rester au lit, 10mn de plus.

Je traverse le parking. 

Ca y est. Les groupes sont constitués. Les derniers checks, les dernières accolades (moi je suis tout seul, ça va plus vite) 

C'est parti. On passe sous l'arche, virage à droite, 300m sur l'avenue et virage à gauche. Les flashs crépitent.

Oui, il y a du monde dans Vielha à 5h du matin.

Première montée, premier goulot d'étranglement. Pourquoi ?

Les premiers kms seront comme cela. Des petits rios à traverser. C'est 5h15. Pas envie de se mouiller les fesses...

Alors on pose le pied et moi, ça me fait chier (d'ailleurs je ne suis pas le seul) ...Allez on roule. 

La lune est droit devant.

C'est toujours sympa et bizarre de rouler la nuit. Les sensations, les bruits.

Le brouhaha du torrent sur la droite.

On aperçoit les premières lumières qui annoncent le tunnel.

Virage à droite, à gauche avec un petit coup de cul et la route.

La police est là pour faire la circulation. Priorité aux vélos.

Dans 500m, on est dans la tunnel. Pour 5kms.

Ils viennent de nettoyer la chaussée. Cette odeur de produits industriels et ce bruit...

Assourdissant. Les voitures, quelques camions. On emprunte toute une file sur les trois.

Pas très rassuré, avec les voitures et les camions qui vous frolent. Car bien entendu, je suis sur le côté gauche de la file.

Il me tarde le bout du tunnel. C'est une partie que j'apprécie le moins. Route, tunnel, bruit.

Cela commence à redescendre. On y arrive. OK. C'est la fin du tunnel.

Le jour n'est pas encore levé. Brume de ce côté. Descente sur 3 ou 4 kms.

65 / 70. Il ne fait pas froid. On y va. Route à double sens. La circulation n'est pas fermée mais on roule à 70!

Lumières, gyrophares. Virage à gauche et les premiers chemins.

On retraverse le torrent. Il est sur la droite maintenant.

Piste forestière. Cailloux. Successions de tobogans pour rejoindre le premier ravitaillo au 30kms.

On traverse des rios et plus le choix, on se rafraichit par l'arrière.

Un ou deux passages techniques, mais on perd beaucoup moins de temps que l'an passé.

Le jour s'est levé. Nous avons éteint les lumières. Il fait bon. Le ciel est magnifique. Et encore cette lune sur la droite.

La première partie du parcours est assez joueuse. Il faut faire gaffe. S'alimenter malgré le mal au bide.

On vient de reprendre une portion de route avant Vinyal. Histoire de prendre une bosse de 15 à 18% et des singles avant le ravitaillo.

Virage à gauche. On traverse un pont. Bosse encore et ravitaillo.

Aquarius, eau, coca, pastèque, orange, banane, sandwichs au Nutella. Pas grand chose ne me fait plaisir.

Pourtant il faut s'alimenter. La journée va être longue. Très longue.  

J'avale une de mes barres. Tranquilo. On repart et première montée.

Les premiers cols ont des pourcentages élévés. Ils sont assez courts mais ça monte.

A part le mal au bide, je suis bien. Les jambes tournent bien. 

La montée est sur une piste forestière. Vraiment sympa.

Avant la descente, on emprunte un single dans les sous bois.

Les rayons de soleil essaie de traverser la végétation. C'est vraiment très jolie. 

Les vrais compagnons, aujourd'hui, sont finalement, les brins d'herbe, les arbres, les rayons de soleil, le vent.

J'adore cette partie. Single, sous bois, relances. Je ne sais pas comment la journée se terminera, mais là je, on prend du plaisir.

Une partie de la descente est un peu compliquée. Des pierres. La montagne. 

Nous sommes en file indienne. Le premier de cordée n'est pas à l'aise. Cela bouchonne.

Et puis quand, nous ne sommes pas à l'aise, on hésite, on va trop lentement et c'est la chute.

Je ne sais pas comment il s'est débrouillé, mais il s'est retrouvé sous le vélo, et il a repris le guidon en pleine face.

Le gars devant moi et qui était juste derrière lui, se retourne vers moi en faisant la moue. On ne rigole pas. 

Je compatis. Moi non plus je ne peux pas rire malgré la situation. Le gars s'écarte. On peut passer. Ciao.

Cami de agua. Encore des singles des tobbogans avant le portage. Ces parties sont usantes. Sympas mais on y laisse de la gomme.

Tobbogan, virage à gauche. Stop. Une chica est allongée par terre. Le genou en sang. Je ramasse son vélo que je range sur le côté.

La route n'est pas loin. Elle va y arriver. Ciao.

Portage. Poussage. File indienne et arrivée sur la route pour la fin du col.

Il y a des coureurs partout. Pour l'instant, on ne roule pas seul.

Je roule une longue partie avec une fille qui vient de larguer son mec (il est à la rue et il gueule...) 

On roule et puis au bout de 2 ou 3 kms, elle se range pour l'attendre. J'étais un peu en surrégime.

Je me reconnais et je pense à Jeannot. Je n'arrive à me rappeler pourquoi. Virage à droite. Casa Jeanot. OK

Route on descend. On arrive à l'église.

Pedalsdefoc 29juin2013 20 36

Quelques kms et second ravitaillo.

Toujours la même galère pour se ravitailler. Pourtant, il faut se forcer. Mais je n'y arrive pas. Enfin pas suffisamment.

Encore deux cols et mi parcours.

Le prochain est sur une piste. Mi asphalte, mi chemin. 

Pas d'ombre, il commence à faire chaud. très chaud.

Boire. La pente est assez sévère. Irène pose le pied.

Au niveau des jambes, todo bene.

Descente, ravitaillo et nous sommes au pied du Col d'Oli.

Tu peux résumer la Pedals de Foc, par le Col d'Oli, Triador, Montgarri. Passages obligés.

Je le dis et le redis. C'est un de mes parcours préférés. C'est la troisième fois que j'y viens.

Parce que j'y ai des souvenirs particuliers (je l'ai faite, seul, en trois jours, orage le premier jour, GPS HS, failli me perdre au col d'Oli le deuxième jour,

repas le deuxième jour où notre hôte nous racontait des histoires de montagnard et puis c'est la montagne, les paysages, la remontée dans la vallée vers Baqueira)

Je n'aime pas ce col. Le col d'Oli. Enfin, je n'aime pas la fin de ce col.

Première partie sur la route. Virage à gauche. 

On contoune la ferme sur la droite. Et là on prend la montée en pleine face. Piste, cailloux et fort pourcentage.

Poco à poco. Je suis bien. Je connais le parcours. C'est dur mais j'aime cette portion.

On arrive à proximité du col. Totalement dégagé.

C'est comme si on arrivait en haut d'un volcan. Encore de l'herbe et puis des pierriers. Il faut porter au milieu des rochers.

100m sur le vélo, 100m de portage. Et cela jusqu'en haut du col d'Oli et une grande partie de la descente.

J'ai toujours envie de jeter le vélo à cet endroit. Je hais cette partie. Mais cela fait partie du jeu.

Interminable cette partie. Puis enfin on reprend la route.

Descente vers Torre de Capdella. Dernier virage sur la gauche. Début de la montée.

Sur la route. Faux plat montant. 2 kms et ravitaillement. Enfin des pâtes. 

Un peu de moins de 100kms. 3000m+ pour 8h01 de course.

Il est 13h. Il fait une chaleur étouffante. Sortir le maillot technique. Il fait cocote minute.

Toilettes. Manger des pates. Envoyer des nouvelles. Lubricante sur la chaine et repartir.

Repartir pour le Col de triador. Sommet de cette Pedals de Foc.

Encore 2 ou kms sur la route. On biffurque sour la droite.

En tout ce col fait entre 15 et 17kms. Je ne sais plus. Il en reste donc une bonne dizaine.

Je consulte la courbe sur le GPS. Pas encore en haut!

Large piste. La montée est régulière. 7 à 8 % sur les premiers kms.

Mal au bide. Pas bien. La chaleur. Au fur et à mesure des virages, des lacets, on roule à droite ou à gauche pour chercher l'ombre.

Cascade. Stop. C'est la queue. Se rafraichir. Bidon, casquette. Il y en a un qui y met la tête.

Il faut repartir. Pas de terrains à acheter.

Stop. Marcher. Tranquille. Les forces disparaissent.

Dur. Tranquille. Avancer. Encore. Chercher un moyen de penser à autre chose. Rechercher le réconfort dans un sourire, un encouragement.

Qu'est ce que tu fous là. Tu n'en as pas marre de t'imposer cela. Il faut être maso. Tu sais qu'à un moment ou un autre, cela va être dur.

Mais tu y reviens. Encore et toujours. Encore marcher. Tranquillo. Poco a poco (Flo)

Je me trouve un petit coin d'herbe. Il fait moins chaud avec l'altitude.

Je m'allonge. Je suis bien. Prendre le temps de récupérer. Regarder le ciel. Et si c'était cela le bonheur.

Le vent, le ciel bleu, la montagne. La vue. Les coureurs qui passent. Qui sourient. Qui te demandes si cela va ?

Je repars au bout d'une dizaine de minutes. Je me cale dans la roue d'une fille. Tranquille.

Les derniers kms ne sont pas durs . 4 à 5% max. Ce n'est pas une course. Enfin si. Mais tu es dans les temps. Large.

Mais je ne reste pas dans sa roue. J'ai du mal à gérer cette course.

J'arrive au sommet. 2100M.  Ravitaillo. La vue est superbe. On voit tous les lacets.

10h41 de course. 15h41. J'ai perdu énormement de temps dans cette montée. Et d'énergie. A voir.

Foc itinerari

Prochain objectif. Espot.

Je me suis un peu refait la cerise.

Petite descente, virage à gauche, et un interminable passage nous attend pour rejoindre l'autre vallée.

Grande piste. Montées, descentes. De superbes cascades.

Pedal6g

Je rejoins deux espagnols. Cela roule tranquille.

Mais c'est certainement cela la clé.

Je reste dans les roues. Un Movistar double et moi, comme un abruti, je décide d'y aller.

Ce qui est fait, n'est plus à faire. Si ce n'est que ce genre de reflexion pour 80 ou 100 bornes. Ca marche. Pour plus....

On enchaine les tobbogans. Et bien sûr, sur une montée, je le double et je pars.

La dernière montée avant la grande descente, n'est pas longue mais les pourcentages sont un plus importants.

On traverse un torrent. Des enfants se trempent les pieds. Les parents sont au barbecue...

Des chevaux, des vaches sur cette portion. Et ils empruntent toute la piste. Ralentir. Passer proche. Relancer.

On voit, depuis un moment la dernière montée avant la bascule vers l'autre vallée.

Beaucoup monte à pied. Pas moi. Un point d'honneur à passer sur le vélo. Quel andouille.

Tu pourrais économiser tes forces. Mais non. Pour gagner 20, 30 secondes. Super.

Descente sur Espot. Première partie, large, puis virage à droite, remontée. Je me sens des ailes. Ce n'est pas comme si je n'avais pas d'expérience.

Je rattrappe un groupe qui met un tempo moins soutenu dans la montée. Puis redescente.

Cette descente sur Esport est faite de longues descentes, de deux ou trois montées et d'une descente sur un single.

Pas le temps de récupérer. Je suis fatigué mais paradoxalement les jambes vont bien.

Espot. 143kms. 12h26 de course. 17h26.

Bon, ici, c'est l'apocalypse. Des coureurs, à l'ombre, sont allongés. Des vélos sont déjà rangés sur les portes vélos.

Des coureurs se dirigent vers les bus ( il y aura plus de 300 abandons ou éliminés par les barrières horaires.

En général sur ces courses, le pourcentage d'abandons est de 10%. Ici plus de 33% 642 finishers sur 967)

Se ravitailler. Les bénévoles me lavent les bidons et me les remplissent. D'eau. Je ne peux plus boire d'Aquarius, ni de Coca.

Je prends un sandwich. Bof. Je le mets dans la poche. Je le mangerai en route.

Je repars. Tout seul. Maintenant les coureurs, enfin les groupes sont disséminés un peu partout dans la nature.

J'essaie de manger le sandwich. Deux bouchées que je ne peux pas avaler. Je recrache tout....il va manquer de la gazoline...

Virage à gauche, et c'est reparti. Successions de tobbogans encore avant de rejoindre le prochain point de controle. Isil.

Deux ou trois montées de 2 ou 3 kms. 6, 7 %.

Bifurcation sur la droite. Chemin. A l'ombre. En fait le soleil se couche.

Maxime a du finir la sieste. J'arrive petit bonhomme.

Je suis rattrappé par 3 gars. Je ne peux pas prendre les roues.

Je reconnais le village de Son. J'y avais dormi lors de ma première traversée.

Chemin sur la gauche juste avant l'église.

J'ai été récupéré par un groupe de 8 à 10 coureurs. On roule, en file indienne, sur le single.

Encore des petits coups de cul et des descentes techniques. Je reste dans les roues. Mais ça devient compliqué. 

Pas les jambes mais l'état général. 

Stop avant une barrière rocheuse. Il faut porter. On se regarde. Qui va lacher en premier ?

Un Espagnol remobilise le groupe. Le plus dur est fait. Uniquement un faux plat jusqu'à Montgarri.

On sourit. Je commence à connaître mon corps et certains signaux ne sont pas bons.

On repart. Descente et on reprend la route.

C'est parti. Dans 2 ou 3 kms, il y a un prochain ravitaillement.

C'est parti, parce que cela va monter sur une trentaine de kms. 6 ou 7 kms sur la route, puis après vers Montgarri puis Baqueira.

Le torrent est pour l'instant à droite. La montée est sur 3 à 4 %. Un long faux plat.

Je suis seul. Le premier groupe est parti et j'ai laissé d'autres coureurs.

Ravitaillement. Espot II. Les coureurs ont mis les vélos sur les voitures. D'autres sont allongés.

Certains repartent. Les visages sont défaits. Plus beaucoup de sourire.

Je vais discuter avec un des membres de l'organisation pour me rassurer.

Je sais qu'il reste moins de 50kms. 30kms de montée. Enfin de faux plat. Plus de difficultés.

Je repars. Encore seul. Avancer encore. Puis au bout de 3 kms, se poser.

Se poser les bonnes questions. Plus de kérozéne. Il reste entre 3 et 4 heures de course.

Si près. Si loin. repartir. Puis se rendre à l'évidence. Je ne verrai pas Montgarri.

Montgarri

Je redescends jusqu'au point de ravitaillement.

Il est 19h30. 14h25 de course. 165kms. 5500m de dénivelés.

Je m'allonge sur le bord de la route. Je suis cuit. Tout retombe. J'étais sur l'excitation de la course.

Je suis vidé. Je craque. Not finisher. Envoyer les news.

Ces 20 minutes ont été peut être les plus dures de la journée. 

Annoncer de ne pas être finisher. Ne pas ramener la médaille à Maxime.

Décevoir Isa, La team tuche, toutes les personnes qui t'ont suivi. Te décevoir.

A ce moment, cet ultra, sera mon dernier.

Tous ces entrainements, toutes ces sorties, tous ces sacrifices (que tu veux) pour cela.

Merci pour tous vos témoignages. Cela fait du bien même si je fais ce genre d'épreuve pour moi. Pour me prouver quoi ? J'en sais rien.

Ne plus se contenter de marathons. Quel intéret si tu es certain de finir? Des épreuves de 6 ou 7 jours ? Sauf accident, tu termines.

Le plafond de verre ? Les limites ? Aller jusqu'où ?

Je suis un éternel insatisfait. Toujours plus. Un ultra, c est quand même assez débile. Entre 16h et 18h sur le vélo.

Demain je me reprocherai de ne pas avoir été encore plus loin dans la souffrance, dans les limites. 

Est ce que j'étais vraiment au bout après 14h30 ?  Après 5500m de dénivelés.

Finalement après quelques jours, je pense que j'y repartirai. Avec vos encouragements. Avec une préparation différente.

Un braquet différent. 

Avec quelqu'un. Avec mon staff qui m'a drôlement manqué ces deux jours.

Mais la Pedals de Foc Non stop, je la terminerai. RDV 2019.

Pedals de foc classement

Nb. Iréne arrivera à Isil une bonne heure après moi et terminera, elle, en 17h19 et la fille que j'ai doublé dans le Triador,

finira elle, en 17h52.

Comme quoi, je pense qu'il faut aborder cette épreuve avec une approche totalement différente.

Je te ramenerai la médaille bonhomme.